Lumière au Borinage
Au milieu des années 80, j’ai quitté mon Borinage (1) natal sans me retourner, lui qui ne m’offrait que désolations.
Aujourd’hui, je tente une réconciliation avec la volonté de rendre à nouveau familier ce qui m’était devenu étranger.
Je suis les émotions liées à ma jeunesse, mêlées à mon intérêt pour l’impact visuel des activités humaines dans le paysage
ainsi que mon attrait pour l’espace naturel dans ses formes, ses matières, son relief.
Dans Lumière au Borinage, j'arpente le territoire qui, inconsciemment, était inscrit en moi.
Je le reconnais.
Par lui, je me laisse porter, jusqu’à ce qu’une forme s’impose.
Mon Borinage oscille entre pratique documentaire et vision poétique.
Portrait d’un paysage qui se décline en noir et blanc, charbon et lumière, il n’accueille personne dans son entourage,
comme pour se figer dans un temps lointain,
enraciné dans l’âge de l’innocence.
La tendresse se ranime à la vue des cabanes survivantes.
Sur les terrils, le passé se ravive. Je le pénètre en silence, prétendant fixer l’invisible, le volatil,
ciblant de loin des espaces vides mais de sorte que s’exhale une présence.
Et lorsque mes yeux ont choisi,
alors sur le trépied,
je me pose,
comme on pose la tête sur l’oreiller.
(1) Le Borinage est une région belge d’un ancien site minier qui produisait du charbon.