Trans - apparence
La fenêtre agit comme un filtre, comme un écran sensible que l’on regarde. En retour, elle nous renvoie une image tronquée, déplacée, instable.
Elle transforme, fragmente, superpose. La lumière s’y brise, s’adoucit, se sature, altérant les couleurs jusqu’à l’incertitude.
Par le jeu des reflets, l’image s’épaissit, se construit par couches successives : le verre, la lumière, le voile, le paysage urbain,
les éléments de l’intérieur habité.
À cette stratification s’ajoute un effet miroir, un renversement des positions. L’espace se retourne sur lui-même.
L’extérieur s’invite à l’intérieur, l’intime devient surface de projection.
Le mouvement habituel du dedans vers le dehors s’inverse, se trouble.
La ville nous revient, rebondit sur la vitre, s’inscrit en écho visuel.
Le regard circule, hésite, s’égare.
Ce qui est observé demeure instable, se diffracte, se contamine.
Les rideaux filtrent la lumière, la teintent.
Les plantes affleurent, prises dans une matière indéfinissable, entre transparence et opacité.
Absorbés par les reflets, les objets apparaissent pour se fondre dans la trans-apparence.
Autant d’indices de vie, de traces discrètes d’intimité, signalant une présence sans jamais l’exposer.
Les habitants vivent hors champ, mais leurs gestes, leurs choix, leurs manières d’occuper l’espace s’impriment dans l’image,
se fondent dans les teintes en rupture.
Le paysage urbain se tisse ainsi dans les intérieurs, où le figuratif et l’abstrait coexistent.
Une façade se dissout dans une couleur, une plante devient forme, une ombre se mue en surface. La ville devient matière diffuse, fragmentée,
nourrie de reflets et de seuils, perçue par morceaux, par éclats, par glissements successifs.
Cette démarche s’inscrit dans une errance urbaine et solitaire, dans l’attente du quotidien, d’un moment sans événement.
Reliée par le reflet fragile des vitres, la ville dévoile ses solitudes, ses présences absentes.
Elle existe dans ces fragments d’intérieurs, dans ces surfaces réfléchissantes,
dans ce monde renvoyé autrement.
Elle se révèle, précisément, dans ce qui la trouble.